KarineComment s’est déroulée ta première journée au Cégep, en août 2008 ?
Karen
J’étais un peu nerveuse, mais aussi contente. J’avais hâte de voir comment les cours allaient se passer, quels types de personnes étaient inscrites au programme. On m’avait dit qu’il y aurait beaucoup d’adultes dans le cours, mais je ne savais pas trop à quoi m’attendre.
Karine
Moi aussi, c’était surtout les autres étudiants que j’avais hâte de voir, puisque j’avais déjà une idée de ce à quoi ressemblait les cours, après la journée « Élève d’un jour ». J’étais un peu surprise de voir que nous étions assez nombreux en début de session (25 étudiants environ). En dehors des cours, je cherchais à me faire mon « nid » au cégep, c’est-à-dire à trouver mon casier, y mettre mon cadenas, placer mes effets scolaires… Heureusement, je connaissais déjà le cégep et il n’avait pas tellement changé depuis mes études en Lettres et langues dix ans auparavant. Une autre de mes priorités lors de cette première journée était d’établir le contact avec les autres étudiants de mes cours. Je crois que, même si on est des adultes, on a toujours peur d’être isolé et de ne pas réussir à se faire des amis. Avais-tu ce genre de crainte?
Karen
Oui, tu veux te faire des amis… Mais on dirait que c’est tout à recommencer, on se sent un peu comme un petit écolier.
Karine
Oh oui! Au début, je me sentais vraiment comme si j’avais fait un retour dans le temps, que j’avais régressé à l’époque de mon premier passage au Cégep, voire de l’école secondaire et que je devais réapprendre à socialiser avec des gens dans une classe. Mais je te dirais qu’à la première session, j’ai pris ça un peu plus « mollo ». J’ai entrepris la session en me disant que l’important pour les 15 semaines à venir, c’était de m’adapter à cette nouvelle étape de ma vie, de me familiariser avec ce nouveau domaine, ce nouvel horaire, dépoussiérer mes méthodes d’études, créer des liens, etc. Je prenais mon étude comme un jeu et j’étudiais fort, mais quand je me sentais fatiguée, j’arrêtais, je me donnais beaucoup de permission. Je me répétais constamment : « vas-y à ton rythme ». Au point de vue de mes résultats scolaires, je m’étais préparée à l’éventualité d’avoir une moyenne correcte, sans plus. J’ai tout de même été contente de voir que je réuss
issais bien et ça m’a confirmé que j’avais fait le bon choix de programme.Karen
Moi je voulais partir du bon pied, je voulais être bien organisée, je voulais être à date dans mes choses. Je pense que durant cette première session, j’ai accompli cela. Je voulais rester à date, parce que je me disais que je ne pouvais me permettre de prendre du retard. J’avoue que ça a été toute une adaptation au point de vue de la gestion du temps, d’être capable de tout gérer : les responsabilités familiales, les devoirs, les tâches ménagères, les activités des enfants. Il fallait prendre du temps pour chaque chose. Pour mes enfants aussi, c’était la rentrée. C’est déjà beaucoup de reprendre la routine des devoirs pour tout le monde, mais je rajoutais mes propres travaux par-dessus tout ça. C’était comme si je travaillais à temps plein.
Karine
Savoir quand on doit ou on peut s’arrêter qui est difficile au début, aussi.
Karen
Oui, je pense qu’on est très exigeant aussi envers nous-mêmes. On se dit : « je sais pourquoi je suis ici, je veux bien faire, je veux me concentrer, etc. » À un moment donné, il faut apprendre à décrocher.
Karine
Qu’est-ce que tu as le plus apprécié de la première session, toi?
Karen
J’ai beaucoup aimé les cours. J’ai pu voir tout de suite l’étendue du programme, toutes les opportunités qui s’ouvraient à nous. J’ai aussi pu constater que ce n’était pas aussi pire que ça de faire des travaux, des examens. Ça ne m’a pas trop dérangé, mais ça prenait du temps. Il fallait que je sois bien organisée. Et toi?
Karine
J’ai trouvé qu’on nous a bien établi les bases théoriques. À la fin de la première session, je sentais que je connaissais vraiment mieux le domaine. C’était rassurant. J’ai aussi apprécié notre groupe, tout le monde se parlait, des liens commençaient à se tisser. C’était assez comique de voir cet amalgame d’adultes et de jeunes. Les jeunes avaient en général tendance à se tenir ensemble et les adultes d’à peu près le même âge se rassemblaient aussi. Il y avait une sorte de sentiment de solidarité entre les adultes, qui devaient tenter de se mêler à une foule d’étudiants âgés en majorité de 17 à 20 ans.
Karen
C’était rassurant de sentir que nous n’étions pas seul à franchir cette étape-là. Il y avait un grand intervalle entre mes premières études au Cégep et ces études en Techniques de la documentation.. Les couleurs des murs du Cégep sont les mêmes (rires), mais les jeunes qui déambulent dans les corridors sont d’une autre génération.
Karine
Ma petite sœur, qui a 9 ans de moins que moi, étudiait au Cégep à ce moment-là. Elle et moi ne nous étions jamais croisées dans aucune école avant, vu la grande différence d’âge. Et là, nous nous retrouvions au même niveau d’étude, en même temps. Elle en était à sa dernière année, moi je commençais mes études (rires). L’avantage, c’est qu’elle a pu me mettre au courant de tous les changements qui étaient survenus au Cégep, des nouveaux systèmes de ICO, MIO, LÉA…
Karen
Comment était ton niveau d’énergie durant cette première session?
Karine
Pendant la première session, j’avais suffisamment d’énergie. Je n’avais pas d’emploi à temps partiel, puisque mes prêts et bourses étaient suffisants et que mon conjoint m’aidait financièrement. Dans les mois avant le début du programme, j’avais eu la chance de pouvoir refaire le plein d’énergie et ça m’a beaucoup aidée. Mais c’est certain qu’il a fallu que je m’ajuste à l’horaire. Les cours débutaient à 8h tous les matins et je n’étais pas nécessairement habituée de me lever si tôt. Les premières semaines ont demandé un certain ajustement. Il est arrivé quelques fois pendant les premières semaines, que j’aille me coucher pour la nuit sitôt rentrée à la maison. Je crois que l’important, c’était que j’écoute mon corps et mes besoins. Si j’étais fatiguée, j’allais me coucher.
Karen
Ah moi, les premières semaines, j’étais crevée. Surtout les lundis, où on terminait les cours à 17h. J’arrivais à la maison complètement vidée. Je me disais que ça n’avait pas de bon sang d’avoir si peu d’énergie. Ça a pris quelques semaines à m’ajuster, après ça, j’avais de l’énergie.
Karine
Ce qui m’a aidé, c’est que j’avais vraiment réduit mes activités en dehors des études au minimum.
Karen
Tu vois, je pense que c’est l’erreur que j’ai fait : j’ai voulu gardé toutes les activités que je faisais avant la Techniques. Les activités des enfants, les activités de bénévolat que je faisai
s à leur école. J’ai réalisé par la suite que j’aurais dû me dire que je commençais une nouvelle étape et que je ne pouvais pas tout faire. J’avais l’impression que je serais capable de tout faire et je ne voulais rien enlever, parce que c’était des activités qui m’intéressaient, que je faisais pour moi. C’était une trop lourde charge. Il aurait au moins fallu que je fasse des choix et que j’accepte que pour un temps, je serais moins disponible pour les autres. J’ai compris tout ça plus tard. Avant de reprendre les études, je pense maintenant que c’est important de mettre toutes les chances de notre côté et de faire le ménage dans ses priorités.
Karine
Je crois que c’est difficile, pour nous en tant qu’étudiants adultes, d’accepter nos limites. D’accepter qu’on ne réussira pas à tout faire à la perfection et que tous les domaines de notre vie ne pourront pas demeurés intacts tout le temps.
RESSOURCES UTILES
BOUCHER, Guylaine. -- «Il n’y a pas d’âge pour apprendre!». – Coup de pouce. – Vol. 21, no 1, (mars 2004). – ISSN 0822-3033. -- P. 47-54
CALVERT, Russell. – L’art de s’adapter au changement : 150 stratégies pour ne pas y laisser votre peau. – Loretteville : Le Dauphin blanc, 2003. – ISBN 2894361041. – 197 p.
Chicken soup for the college soul : inspiring and humorous stories about college. – [compiled by] Jack Canfield et al. – Deerfield Beach : Health Communications, 1999. – ISBN 1558747028. – 340 p.
LECOMPTE, Marie. -- «Étude et travail : un duo à apprivoiser». – Coup de pouce. – Vol. 10, no 7, (sept. 1993). – ISSN 0822-3033. -- P. 88-94
PINAULT, Lucie. – Pour réussir son retour aux études. – Montréal : Du Trécarré, ©1994. – ISBN 2892495261
Très intéressant.
RépondreSupprimerJe me suis régalée à la lecture de votre blogue. Le partage de vos expériences dans un retour aux études pourra inspirer bien des futus étudiants ou futures étudiantes.
RépondreSupprimerJ'ai aimé les bibliographies qui accompagnent chacun des thèmes du blogue. Cela permet à la personne qui s'interroge de poursuivre son cheminement.
Toutes mes félicitations à toutes les deux pour ce beau projet!